LA REEDUCATION DE LA SCOLIOSE*
Mythe ou Réalité ?
Il n'y a pas un seul type de scoliose mais des scolioses. C'est une affection de pathologie multifactorielle.
A travers cette réalité pathogénique la rééducation des déformations a t-elle encore sa place aujourd'hui dans l'arsenal thérapeutique ? OUI sans aucun doute
Historiquement les techniques de LING, CHARRIERE et ROY, STRUYF, KLAPP, NIEDERHOFFER, SCHROTH, à visée réflexe, à base d'étirements, en myotensif, ou en travail global ont toujours, lorsqu'elles ont été bien appliquées et bien faites, donné de bons résultats.
Aucune évidemment n'a pu être présenté comme la technique type du traitement de la scoliose, mais elles ont facilité, rééquilibré voir stabilisé des courbures qui ne demandaient qu'à s'aggraver.
A partir de cela peut-on dire aujourd'hui qu'il y a des méthodes qui dominent ou supplantent les autres ? Certainement pas, tout est question des choix et des bons choix, au bon moment, en fonction du facteur d'évolutivité de la déviation scoliotique de sa localisation, de l'âge de l'apparition de celle-ci....
SCOLIOSES IDIOPATHIQUES STRUCTURALES INFERIEURES A 30°
Les lignes directrices du traitement sont très différentes selon les pays.
Aux Etats Unis, certains auteurs tels que B. STONE, C. BECKMAN, V. HALL, V. GUESS et H. BROOKS ont écrits dans la revue PHYSICAL THERAPY de Juin 79 que la kinésithérapie de la scoliose est une initiation gymnique. Elle est composée d'exercices statiques et de rétroversion du bassin adaptés et inspirés par MILWAUKEE.
Evidement, ce sont des conclusions un peu hâtives car un choix et des techniques aussi simplistes ne peuvent pas avoir d'effet stabilisateur ou correcteur d'une scoliose structurale.
L'école yougoslave de P. KLISIC, Z. NIKOLIC de Belgrade est beaucoup plus proche des écoles allemande, française et italienne. La progression ou l'évolution d'une scoliose entre 10° et 30°, quelque soit l'âge, peuvent être freinées dans leur cheminement naturel par la rééducation .
En France, les études présentées aux congrès du G.E.S en 85 à Angers, du G.K.T.S de la Rochelle et d'Aix en Provence en 86 par le Centre Don Gnocchi de Milan, le Centre des Massues et la Clinique Emilie de Vialar de Lyon ont prouvé le bien fondé de la rééducation fonctionnelle vertébrale.
ANAMNESE
Une scoliose même petite n'a qu'une seule envie, celle de devenir grande. Méfions-nous d'un excès de confiance.
Parvenue à un certain stade et pendant la durée de la croissance, elle aura tendance, dans une grande majorité des cas, à s'aggraver. Le fantôme d'Ombredanne doit toujours être présent à notre esprit : un assemblage, formant une courbure latérale, de pièces plus ou moins cunéiformes est obligé de tourner sur son axe si on l'infléchit dans le sens antéro-postérieur. Ce qui explique parfaitement l'association dos plat et aggravation de la rotation des scolioses très évolutives.
Madame DUVAL BEAUPERE a parfaitement mis en relief l'étroite relation de l'aggravation de la courbure scoliotique avec la croissance et la maturité osseuse.
Une première période d'aggravation lente pente P1 de la courbe prend effet dans la catégorie JUVENILE I vers 4 à 5 ans.
Une période d'aggravation rapide avec une pente P2 plus importante de 2 à 8 fois par rapport à la précédente débute à la période pré-pubertaire c'est à dire à la fin du stade JUVENILE III.
La non intervention physiothérapique ou orthopédique pendant la vie d'une scoliose structurale est la source de tous les dangers même si celle-ci peut parfois échapper à des effets évolutifs et se stabilise toute seule.
Mais doit-on prendre le risque de ne rien faire ?
MATERIEL ET METHODE
Pour appuyer le bien fondé d'une rééducation précoce même chez une petite scoliose traitée aux stades JUVENILE I, II, III, nous avons poursuivi notre étude statistique des années 1984-85.
Notre étude porte sur 591 dossiers exploitables.
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Avec TRAITEMENT REEDUCATIF |
Sans TRAITEMENT REEDUCATIF |
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Nombre de cas |
422 |
169 |
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Durée moyenne de suivi |
4 ans et 6 mois |
4 ans et 8 mois |
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Age moyen au premier examen |
10 ans et 11 mois |
10 ans et 7 mois |
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Age moyen au dernier examen clinique et radiologique |
15 ans et 5 mois |
14 ans et 9 mois |
591 dossiers scoliotiques exploitables sur une période s'échelonnant sur 18 ans.
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Répartition des formes |
lombaires : 162 |
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thoraco-lombaires : 161 |
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thoraciques : 128 |
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double-majeure : 140 |
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Répartition par sexe |
498 filles soit 84,3% |
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93 garçons soit 15,7% |
TRAITEMENT
Des stades Juvénile II et III, c'est à dire pendant une période allant de 7 à 8 ans jusqu'à la fin de la puberté, il faut rechercher :
- une rééquilibration morphologique globale
- un développement des fonctions d'équilibration
- construire dès que c'est possible intellectuellement une
intégration neuro- motrice d'une image corporelle corrigée.
- adapter selon l'âge la pratique sportive et de plein air
- aménager surtout après 10 ans le cadre de vie
Jusqu'à la puberté le tonus axial est en sommeil. Le jeune sujet ayant une scoliose structurale mineure est mal protégé. Les tensions musculaires asymétriques entraînent rapidement un déséquilibre latéral plus important associé au désaxement rotatoire. Toute scoliose mineure structurale doit être surveillée et traitée en physiothérapie selon les concepts énoncés plus haut.
Au moment de la puberté nous arrivons dans la zone rouge et la plus dangereuse pour la scoliose. Le caractère évolutif au moment de la pente P2 est 6 à 8 fois plus important que les 4 à 5 ans auparavant. Le tonus axial reprend son activité, les tensions musculaires, par modification du collagène et du déséquilibre morpho-statique, s'accentuent et agissent sur la déformation, même légère.
Il faut alors être attentif à la rééducation proposée.
Respecter le plus possible la morphologie antéro-postérieure en évitant tout travail en abolition de courbures. Donc éviter de favoriser le dos creux et respecter les courbures sagittales.
Il ne faut pas débloquer les zones verrous situées aux extrémités des courbures scoliotiques car cela risque d'aggraver le désordre global. La rééducation du type RGP, MEZIERES, SOUCHARD est à éviter durant cette période.
Par contre ces méthodologies pourront être reprises en fin de période évolutive et à maturité osseuse accomplie. Il ne faut pas oublier que même à maturité osseuse une petite courbure peut continuer de bouger ou de s'aggraver.
RESULTATS
Si on reprend en parallèle les deux groupes, soit les 422 cas avec traitement rééducatif
et les 169 cas sans traitement rééducatif, nous obtenons des résultats significatifs.
ETUDE
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avec traitement rééducatif |
sans traitement rééducatif |
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Nombre de cas |
422 |
169 |
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Age extrême en début de suivi |
7 ans et 2 mois |
9 ans et 4 mois |
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Age extrême en fin de suivi avec surveillance à 1 et 3 ans |
16 ans et 3 mois |
15 ans et 1 mois |
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ANGLE ET GIBBOSITE |
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avec traitement rééducatif |
sans traitement rééducatif |
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Au 1er examen |
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Angle |
17° |
12° |
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Gibbosité |
12 mm |
10 mm |
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Au dernier examen |
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Angle |
21° |
25,5° |
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Gibbosité |
15 mm |
17 mm |
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EVOLUTION |
avec traitement rééducatif |
sans traitement rééducatif |
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Angle |
4° |
13,5° |
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Gibbosité |
3 mm |
7 mm |
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DIFFERENTIEL |
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avec traitement rééducatif (rappel) |
sans traitement rééducatif (rappel) |
DIFFERENTIEL |
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Angle |
+ 4° |
+ 13,5° |
7,5° |
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Gibbosité |
+ 3 mm |
+ 7 mm |
4 mm |
Les pourcentages d'aggravation sont-ils différents dans les deux populations ?
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AVEC TRAITEMENT |
SANS TRAITEMENT |
COMPARATIF |
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Aggravés |
177 cas soit 42% |
130 cas soit 77% |
35 % en + de scol. aggravées dans le groupe sans kiné |
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Non aggravés |
245 cas soit 58% |
39 cas soit 23% |
35% en - de scol. non aggravées dans le groupe avec kiné |
Nous avons un écart significatif qui prouve que même en tenant compte d'un certain nombre de scoliose qui ne bougent pas dans les deux groupes nous avons une différence :
35% de scolioses aggravées en plus dans le groupe sans kinésithérapie et
35 % de non aggravées en moins dans le groupe qui a fait de la rééducation.
CONCLUSION
Les groupes, avec ou sans rééducation, sont parfaitement comparables.
L'âge moyen au départ de la surveillance est peu différent (4 mois environ de moins dans le groupe sans rééducation), la répartition topographique n'a pas été différenciée pour les 2 groupes.
La répartition au niveau des sexes reste identique, environ 84% chez les filles 16% chez les garçons.
L'angle de Cobb moyen au premier examen est un peu plus faible de 5° dans le groupe sans rééducation. La variation en aggravation entre le groupe avec rééducation et sans rééducation est de 7,5° à l'examen terminal de surveillance.
La moyenne des gibbosités est inférieure au départ de 2 mm dans le groupe sans rééducation, mais plus importante de 4 mm au dernier examen dans ce même groupe par rapport au groupe avec rééducation.
Etudions et comparons l'étude réalisée en 1985 sur 210 dossiers
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Etude 1985 210 dossiers |
Etude 2000 591 dossiers |
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AVEC kine |
SANS kiné |
Différentiel |
AVEC kiné |
SANS kiné |
Différentiel |
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Nb de cas |
160 |
50 |
422 |
169 |
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1er examen : |
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angle |
17° |
13° |
4° |
17° |
12° |
5° |
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gibbosité |
11 mm |
9,2 mm |
1,8 mm |
12 mm |
10 mm |
2 mm |
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Dernier examen : |
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angle |
18,5° |
23,2° |
4,7° |
21° |
25,5° |
4,5° |
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gibbosité |
13,3 mm |
14,4 mm |
1,1 mm |
15 mm |
17 mm |
2 mm |
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Evolution : |
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angle |
1,5° |
10,2° |
8,7° |
4° |
13,5° |
7,5° |
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gibbosité |
2,3 mm |
5,2 mm |
2,9 mm |
3 mm |
7 mm |
4 mm |
Par comparaison avec notre étude, au départ les moyennes d'angle et de gibbosité dans les deux séries sont à peu près équivalentes.
Au dernier examen, seule l'aggravation de la gibbosité du groupe sans kinésithérapie dans l'étude de 1985 est inférieure de 1, 8 mm sur la moyenne calculée dans notre étude de 2000. Seule différence notable entre les deux études à 15 ans d'intervalle. On peut dire que notre étude confirme celle faite en 1985.
C'est la preuve incontournable que la rééducation des scolioses mineures est indispensable et évite de tomber dans des traitements plus lourds, orthopédiques ou chirurgicaux.
Dans le groupe sans rééducation de notre étude nous avons eu un certain nombre de cas, 64 cas soit 38% de la série, qui ont du avoir un traitement orthopédique avec plâtre et corset sur une durée moyenne de 16 mois contre 71 cas soit 17% de la série dans le groupe avec rééducation qui ont eu un traitement orthopédique.
Ce dernier pourcentage est la preuve tangible du bien fondé de la kinésithérapie vertébrale lorsqu'elle est appliquée avec le bon choix technique au moment opportun.
* Paul DUCONGE - Chef du service de rééducation - Clinique E. de Vialar - LYON (F)